Chaque histoire compte

14 Nov

Le 10 novembre 2011 – Colin Barnes, activiste et chercheur éminent en matière de handicap à l’Université de Leeds au Royaume-Uni, est à Montréal pour présenter une allocution dans le cadre de la deuxième édition du Rathlyn Lecture on Disability Studies à l’université McGill. Une soixantaine de personnes assiste à cette conférence, pour la plupart des étudiants de McGill mais aussi, quelques activistes handicapés, dont Maria, Julien, Laurence, Catherine et Marie-Eve.

La conférence a lieu un jeudi soir pluvieux à 18h00 en plein centre-ville (le 855, Sherbrooke Ouest) et, exceptionnellement, l’université McGill est à ce moment-là au centre d’une manifestation de milliers d’étudiants dénonçant la hausse des frais de scolarité. Des centaines de policiers sont dépêchés sur les lieux et le tout dégénère un peu. Pendant ce temps, nos cinq activistes se dirigent vers l’édifice Leacock dans le campus central de l’université McGill.

Une soirée d’automne, cinq individus, cinq récits, une histoire commune : l’inégalité…

L’inégalité parce que Montréal est une ville ayant un système de transport en commun parmi les plus déficients en matière d’accessibilité en Occident.

Seulement sept stations de métro sur un total de soixante-huit sont accessibles par des ascenseurs. De plus, les autobus qui sillonnent la ville ne sont pas une réelle option puisque leur accessibilité est négligée. Une récente enquête du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) a démontré qu’un autobus sur trois laisse les usagers utilisant une aide à la mobilité sur le trottoir. À chaque jour, des personnes handicapées partagent l’inquiétude de ne pas savoir si elles pourront se rendre où elles ont besoin d’aller.

Ces cinq récits ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont ancrés dans une inégalité passée sous silence.

Catherine

14 Nov

Photo du permis de conduire de Catherine Roy

Je ne devais pas assister à la conférence de Colin Barnes. Je devais être à Combermere en Ontario chez mes parents. Ou au pire, je devais être sur la route vers Combermere, peut-être légèrement égarée (ça m’arrive des fois de me perdre en conduisant), vraisemblablement stressée. Mais mon voyage a été annulé à la dernière minute et mon jeudi soir était soudainement libre. En fait, j’aurais pu, j’aurais dû, rester chez moi et m’avancer sur la tonne de boulot qui s’accumule sans fin, du moins il me semble. Mais Laurence m’a rappelé cette conf à McGill et spontanément, je me suis dit que ça changerait d’un écran d’ordi.

Depuis que j’ai une auto (mon père m’a offert un vieux bazou cet été pour célébrer l’obtention de mon permis de conduire), j’ai accès à la spontaniété. La spontaniété dans la vie d’une personne handicapée, c’est plutôt rare. Nos gestes, nos déplacements sont généralement planifiés d’avance, souvent longtemps d’avance. On passe notre vie à attendre après les autres, à développer des routines pour pouvoir arriver à faire tout ce dont on a besoin de faire pour se rendre de A à Z. Mais depuis que j’ai l’auto, je peux être spontanée. Alors, ne faisant pas les choses à moitié, je décide de partir à la dernière minute possible. On est spontané ou on ne l’est pas…

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Laurence

14 Nov

Photo de Laurence Parent

Mercredi, 9 novembre 2011.

16h00 – Je regarde la météo du lendemain. Lorsque nous n’avons pas de voiture et que le transport en commun nous est inaccessible, il est important de connaître le temps que nous devrons affronter. Demain, je prévois assister à une conférence à McGill. J’habite près du métro Fabre. Selon le site de la STM,  je pourrais me rendre à ma destination en moins de 40 minutes en utilisant le métro. Je pense vous avoir déjà raconté l’histoire. L’histoire de notre métro qui ne sera pas accessible avant 2085.

J’ai l’habitude de me déplacer en roulant avec mon fauteuil roulant aux quatre coins de la ville et de prendre les autobus lorsqu’ils veulent bien de moi… (environ 2 fois sur 3). Mais demain la météo nous annonce 5 degrés avec des averses. Ça m’arrive souvent d’avoir le goût de braver ça. Parce que ça me prend souvent moins de temps qu’en transport adapté. Parce que je me sens plus libre. Parce que j’arrive mal à prévoir ma vie au quart de tour. Mais là, ça me tente pas. Ça me tente pas d’arriver à McGill détrempée et gelée.

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Marie-Eve

14 Nov

Photo de Marie-Eve

Mon jeudi soir.

17 h 15 – Je quitte le bureau de ma psychiatre d’un pas accéléré. J’ai dû écourter notre rencontre hebdomadaire pour arriver à une conférence le moins en retard possible.

17 h 20 – J’arrive, essoufflée, dans le hall d’entrée de l’hôpital. Mon regard angoissé croise celui d’un chauffeur qui semble chercher sa cliente. Quelle chance (!!), le chauffeur est entré à l’intérieur et il m’a trouvé. Il m’aide à enfiler mon manteau, il est agréable : le jackpot !

18 h 05 – Une autre cliente embarquée, un embouteillage monstre traversé et 45 minutes écoulées, les 3,5 km qui me séparent de ma conférence sont enfin franchis.

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Maria

14 Nov

Photo de Maria Barile

Voici l’histoire de comment j’ai vécu ma soirée du 10 novembre 2011 alors que je devais assister à une conférence à l’université McGill.

16h35 – On m’avait dit d’être prête à 15 h 55 pour arriver à l’Université McGill à 17 h 00. Je veux passer par la bibliothèque avant la conférence. À son arrivée, le taxi est 40 minutes en retard. En route, je demande au chauffeur si on se rend directement à l’Université McGill ou si on va chercher une autre personne. Je n’entends pas sa réponse. (Je devrais peut-être lui dire « Quoi? », mais je ne le fait pas.)

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Julien

14 Nov

Photo de Julien Gascon-Samson dans le métro de Montréal

Jeudi le 10 novembre 2011

8h00– Le réveil matin sonne. C’est l’heure de me réveiller. Je sais que je dispose encore de 10 minutes avant de devoir sortir du lit. J’ai un Transport Adapté de prévu à 9h10, pour me rendre à l’Université McGill pour mon cours prévu à 10h05. J’ai calculé qu’il me faut une heure pour me préparer, du moment où je quitte la chaleur de ma couverture au moment où je suis prêt à partir.

8h10– Je quitte ma couverture et commence à m’habiller. Depuis que j’ai commencé d’aller à McGill en septembre (2011), j’essaie de voyager le plus souvent possible en utilisant le réseau régulier. Avec tous les défis que cela comporte. J’habite près du métro Henri-Bourassa, à Ahuntsic. J’ai la chance d’habiter à proximité de l’une des si peu nombreuses stations munies d’un ascenseur. Avec mon triporteur, je roule jusqu’au métro et je sors à Berri-UQÀM. Je roule ensuite 15-20 minutes de la station Berri-UQÀM jusqu’à mon pavillon à l’Université McGill. Je réserve un transport adapté lorsque j’anticipe du mauvais temps ou du temps très froid ou encore, de la neige. C’est ce qui s’est passé hier. J’ai regardé les prévisions et de la pluie était annoncée. J’ai donc décidé de réserver un transport, quitte à l’annuler. En ce matin, je constate que la pluie n’est pas aussi forte qu’anticipée. Il s’agit plutôt d’averses.

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